Sensibilisation

Les chenilles processionnaires

Depuis avril 2022, ces chenilles poilues qui se déplacent en file indienne sont inscrites au Code de la Santé Publique comme « espèce dont la prolifération est nuisible pour la santé humaine ». Elles sont aussi un danger mortel pour nos animaux de compagnie.

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Les risques

Les chenilles processionnaires sont couvertes de centaines de milliers de poils fragiles qui se dispersent dans l’air dès que la larve se sent menacée ou qu’un souffle de vent les balaie.

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Ces poils contiennent une toxine (la thaumétopoéine) qui peut provoquer urticaire, conjonctivite ou allergie pouvant aller jusqu’au choc anaphylactique dans les cas les plus graves chez les humains. Les réactions graves sont toutefois rares : 96% des cas notifiés aux centres anti-poisons sont bénins.

Quant aux chiens, chats ou chevaux, s’ils lèchent ou touchent avec leur museau les chenilles (mortes ou vivantes) ou les restes des nids, ils peuvent souffrir de tuméfactions, voire de nécroses de la langue, parfois fatales. Le simple fait de lécher une zone traversée par les chenilles peut occasionner des lésions en raison des poils qu’elles laissent sur leur passage.

Entre 2012 et 2019, les signalements aux centres anti-poisons en France ont été multipliés par 4. Dans le cadre du plan national santé-environnement, un observatoire des chenilles processionnaires a été créé en 2021, sous l’égide de la Direction Générale de la Santé.

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Les chenilles processionnaires à Nantes

A Nantes, les chenilles prolifèrent en ce moment (10 mars 2024) sur l’île de Nantes, notamment dans les pins du square Vertais, dans le périmètre du caniparc. Or depuis quelques semaines, les chenilles quittent leurs nids cotonneux situés en hauteur dans les branches et forment des processions à terre.

Une assistante vétérinaire du Centre Hospitalier Vétérinaire Atlantia nous a indiqué avoir vu arriver beaucoup de chiens concernés par des lésions liées aux chenilles ces dernières semaines.

Il est par conséquent déconseillé d’emmener votre chien se balader dans les zones plantées de pins. Le parc du Crapa est régulièrement concerné par la présence de chenilles par exemple.

Molosse & Minus a pris contact avec le service Nature et Jardins de la ville de Nantes pour connaître la démarche à suivre en cas de prolifération de chenilles. Cet article sera mis à jour dès que ces informations nous seront communiquées.

Que faire en cas de rencontre avec des chenilles ?

Il est préférable, de manière générale, d’éviter de se rendre dans les lieux où des chenilles sont présentes.

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En cas de rencontre avec des chenilles, il faut éviter de les approcher ou les toucher. Détruire une procession de chenilles n’est pas une bonne idée (sauf à pouvoir l’incinérer ou l’aspirer) car les poils urticants sont alors libérés dans le milieu et y restent très longtemps, alors qu’une fois enfouies, les chenilles représentent moins de danger.


Pour les humains : En cas d’apparition d’une réaction cutanée anormale, consulter un centre antipoison ou un médecin. En cas de difficulté pour respirer, appeler le 15 ou le 112 sans délai.


Pour les chiens : Les symptômes peuvent être une hypersalivation, une atteinte des yeux, des voies respiratoires ou des muqueuses, avec notamment des cas de nécrose de la langue. Le chien peut également développer un syndrome fébrile (truffe chaude et sèche, yeux vitreux, vomissements, diarrhée, perte d’appétit, fatigue et halètement), ce qui doit alerter les propriétaires. Il est conseillé de consulter au plus vite un vétérinaire au moindre symptôme car le pronostic vital peut être engagé.


En attendant, rincer le plus possible à l’eau claire, ou pour plus d’efficacité, avec de l’eau additionnée de bicarbonate de sodium (2 cuillères à soupe pour un litre d’eau). Attention : si vous rincez la gueule du chien, il ne faut surtout pas qu’il avale l’eau au risque de provoquer des lésions internes. L’humain doit porter des gants et idéalement une protection sur les yeux car le chien risque de projeter de l’eau au moment du rinçage.

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Quels sont les lieux et périodes à risques ?

Jérôme Rousselet, de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, à Orléans.

Calendrier de la chenille processionnaire du pin

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Ponte (dans l’arbre) :

tout au long de l’été entre juin et septembre. Chaque femelle pond 200 œufs en moyenne.

Eclosion des chenilles (dans l’arbre) :

entre août et octobre, pendant quelques semaines à quelques mois selon le climat.

Formation du nid (dans l’arbre):

 pendant l’automne et l’hiver. Tissage d’un nid de soie où les chenilles passent la journée. Elles en sortent pendant les nuits douces pour manger des aiguilles de pin : le nid doit avoir bénéficié d’une température minimale de 9 °C durant la journée, et la température nocturne doit être supérieure à 0 °C, des conditions de plus en plus fréquemment remplies dans de plus en plus de régions. Une forte infestation peut défolier un pin adulte en seulement 1 mois. Si ces défoliations sont répétées plusieurs années de suite, l’arbre peut s’épuiser et mourir.

   Procession (descente de l’arbre): 

entre janvier et avril = période à risque majeur. En quelques heures, les chenilles descendent en file indienne pour rejoindre le sol, reliées par un fil de soie. Sur le littoral atlantique, la période à risque, qui auparavant ne durait que de 1 à 3 mois, peut maintenant s’étaler sur 7 mois.

Vie sous terre et métamorphose :

les chenilles s’enfouissent en groupe dans le sol entre 5 et 20 cm de profondeur. Elles tissent un cocon et se transforment en chrysalide. Après quelques semaines ou quelques mois, les papillons adultes sortent de terre. Après accouplement et fécondation, les mâles meurent et les femelles s’envolent trouver un nouvel arbre où pondre leurs œufs.

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Quels sont les moyens de lutte ?

Les écopièges :

 Des sacs remplis de terreau fixés sur les troncs des arbres collectent les chenilles processionnaires du pin au moment de leur descente vers le sol. C’est la méthode qui a le mieux fait ses preuves pour se protéger des processions errant au sol autour du périmètre de l’arbre. A Pornichet par exemple, des écopièges sont placés toute l’année sur les pins situés dans les zones à risque (notamment les jardins d’enfants).

L’échenillage :

Les branches infestées par des nids sont coupées et détruites. L’intervention est complexe et nécessite une très bonne protection d’opérateurs professionnels.

 

 

 

L’installation de nichoirs à mésanges : 

Prédateurs naturels de ces chenilles, ces oiseaux contribuent à limiter naturellement le nombre de chenilles. Cette stratégie nécessite des nichoirs adaptés et entretenus.

L’installation de pièges à phéromones :

Ils visent à attirer les papillons mâles pour limiter la reproduction, donc la formation de nids. L’efficacité de cette mesure est toutefois très variable.

Le traitement microbiologique :

Il s’agit de pulvériser sur l’arbre une toxine pathogène des chenilles qui s’empoisonnent en la mangeant. Cette méthode très efficace n’est à utiliser qu’en dernier recours car elle tue aussi les chenilles d’autres espèces.

La clef dans la réussite de la lutte est l’association de différentes méthodes, et la coordination de la lutte à une échelle géographique suffisante (l’intercommunalité).

Sources

France Inter – La Terre au carré – « La chenille processionnaire : sentinelle du climat » – 1 mai 2023
Avec en invités :
Jérome Rousselet , chercheur en entomologie forestière et biologie des populations à l’Inrae d’Orleans
Marilou Mottet, coordinatrice de l’observatoire des chenilles processionnaires à fredon France
Le Monde – « L’inquiétante progression en France des chenilles processionnaires » – 14 avril 2023
Observatoire National des chenilles processionnaires – www.chenille-rique.info